vendredi 28 octobre 2011

C'était poétique.


La première fois, c'était hier. Tout simplement, sur le chemin du bonheur. Les oiseaux chantaient l'hymne nationale de la vie, et tout autour de moi, il n'y avait que le vent pour saluer cette modestie trop soignée. J'étais enceinte de toi, te souviens-tu ? C'était là cette première fois. La première fois où tout à commencé dans notre vie future. Tu as mal pris cette soudaine révélation. Tu es parti, en colère vois-tu, la vie n'est rien qu'un bazar constant qui change tout le temps et tu l'avais compris, cela, trop bien compris. Je te voyais courir sur notre chemin, tu ne pensais plus qu'à t'enfuir, à faire tes valises et à te barrer à l'autre bout du monde, en Alaska, en Chine, que sais-je de tout ça ? Moi, j'étais en larmes. Mais mes états d'âmes, tu t'en foutais sûrement. Partir. Rien d'autre ne comptait pour toi. Moi, je voulais ne plus exister. Je voulais que cette putain de créature sorte de mon corps au plus vite, sinon j'allais être infestée. Infestée du genre humain. La première fois, j’espérais que ce fut la dernière. Mais ce ne fut pas la dernière. Il y en a en aurait d'autres après, bien entendu, mais nous l'ignorions encore.

jeudi 27 octobre 2011

C'était avec Dan.


Je l'aime. Enfin, j'en sais rien si je l'aime mais quand j'le regarde j'peux pas m’empêcher de penser à sa bite. Enfin, je sais pas, y'a pas que sa bite qui compte, moi aussi j'en ai une de bite, c'est pas un truc d'exceptionnel, mais vous voyez, il me fait bander ce mec. Vraiment. Et puis quand il me parle, quand j'le regarde, il est franchement super craquant. Mais bon, j'arrête de parler parce que sinon vous allez encore penser "l'apparence, l'apparence, y'a pas que l'apparence dans la vie mec, y'a aussi les sentiments !" Les sentiments. J'y connais rien moi, en sentiments, je foire toujours tout. On s'est même pas rencontré par les sentiments lui et moi, d'abord. J'aurais bien voulu essayer. Mais ça marche jamais. Je suis trop peureux vous voyez, ça fout le camps à chaque fois. C'est pour ça qu'avec les filles ça marche jamais. Bref. Ce mec, mon mec, il s'appelle Dan.
Et c'est un dieu bon sang, surtout au pieux !
Je vous dis pas. Notre première fois, c'était un samedi. Et c'était plutôt gore.
Bon, j'vais pas vous le faire en mode trash, bien dégueu et tout, non moi j'suis pas comme ça, j'vais pas vous faire un dessin. Mais voilà, faut avouez qu'c'était plutôt pas mal, hein Dan ? Dan, il m'regarde, approuve d'un hochement de tête et sourit avec son putain de sourire à la con comme toujours. Dan, c'est le roi du pieux, il n'a jamais rien fait d'autre dans sa vie, vous voyez c'que je veux dire ? Et ben forcément c'est comme ça qu'on s'est rencontré lui et moi. En couchant. J'ai jamais couché aussi bien qu'avec Dan. C'était notre première fois.

C'était arrangé.

(DeviantArt)

Elle est danseuse. Je ne sais pas si vous voyez le genre. C'est Tom qui m'a envoyé vers elle. Entre deux bières vendredi soir il m'a sorti "Écoute mon petit Paul chéri, ça peut plus continuer comme ça, dix sept piges, puceau, à se lamenter sur cette pouffiasse de Laura qui n'en a strictement plus rien à foutre de toi, et donc encore moins de tes quinze centimètres... Je vais te brancher avec Théa, tu vas voir, elle sait s'y prendre". Elle sait s'y prendre, elle sait s'y prendre, elle est danseuse quoi, merde, elle doit être vachement souple. Bien sûr que je la connais Théa, tout le monde la connait. Elle est seule, toujours seule, une grosse solitaire. Et pourtant elle est présente à toutes les soirées, tous les week-ends, même celles en semaine. Elle ne repart jamais seule, et ça lui a valu une réputation salace, et on se demande toujours quels mecs l'ont réellement sautée, et qui ment. Putain. Tom est venu me voir dimanche et m'a demandé de passer mes fringues les plus classes et d'aller attendre à la table numéro trois du bar le plus proche de chez moi. Je l'ai fait. Alors je suis là, assis sur une chaise qui me fait mal au cul et j'attends. J'ai reçu un texto de Tom qui me rassure, qui me dit que ma sauveuse va arriver. Il l'appelle Jesusita. J'ai détesté Tom sur ce coup-là. J'aurais très bien pu me débrouiller pour... la mettre dans mon lit, la Théa. Ça a pas l'air très compliqué, enfin, elle a pas l'air difficile. Enfin, entendez moi parler, je la connais même pas cette nana, ça se trouve c'est une fille très bien et elle va rien me faire, rien du tout, et elle me dira qu'il faut mentir pour garder sa réputation comme dans le film Easy A, oh, et si ça trouve Tom est gay ! Non, oubliez, impossible que Tom soit pédé, je l'ai capté entrain de se branler devant un film avec Scarlett Johansson il y a quelques semaines. La serveuse revient me voir (pour la huitième fois) et me demande si je veux autre chose ou si je veux l'addition (c'est-à-dire me tirer parce qu'elle en a marre que je lui mate le derrière dès qu'elle me tourne le dos). Je lui réponds négativement avec un grand sourire de salaud à la manière de mon meilleur pote Tom et après un furtif regard sur son popotin, je fixe l'entrée du bar. C'est à cet instant que Théa passe la porte, ses cheveux noirs ondulant sur sa veste en cuir qui cache un débardeur noir très moulant qui contourne la forme de sa poitrine et laisse dépasser son nombril percé. Elle regarde dans le bar, me voit, me sourit de ses lèvres glossées et vient à ma rencontre. Elle se pose sur la chaise en face de moi, toute sourire. J'ai du mal à regarder son visage plutôt que sa paire de nibards. La serveuse vient prendre sa commande et en voyant mes yeux loucher dans le décolleté de mon invitée, elle a du conclure que je suis réellement un petit obsédé. Théa a commandé un café au lait et après que la serveuse se soit éloignée, elle a commencé à parler :
- Comment tu vas Paul ?
- Ca... ça va. (je bégaie)
- C'est bien ça. Pas trop stressé ?
- Str-stressé de-de quoi ?
- Ca va Paul, je me doute bien que si Tom me propose un rendez-vous avec toi c'est pas pour qu'on joue au Monopoly.
Je comprends mieux pourquoi elle veut du lait dans son café, la cochonne. Merde, j'ai pas réellement pensé ça ?
- Paul ?
- Hm ?
- Arrête de surveiller mes seins, ils vont pas s'enfuir tu sais.
Voilà, Paul, tu t'es fait capté.
- Désolé.
- Ça va, relaxe toi, qu'elle me dit en posant ses mains manucurées de noir sur mes épaules. On va boire un coup, sortir se balader, fumer deux-trois joints et baiser comme des bêtes.
Dit comme ça, ça donnait pas vraiment envie, surtout quand ça sort de la bouche d'une fille. Une fille c'est pas censé imaginer l'acte sexuel de manière moins... bestiale ? Je sais pas moi genre une chambre de princesse rose ou blanche, beaucoup d'amour, la position du missionnaire, bref, toutes ses conneries de meufs quoi ! La serveuse revient, me jette un regard haineux, dépose le café de Théa sur la minuscule table ronde et disparait derrière le bar en quelques pas.
- Qu'est-ce que tu lui as fait ? me chuchote Théa, après sa première gorgée.
- Rien, rien.
- Hm...
Elle finit son café en une dizaine de minutes, me fait payer l'addition car elle a trop besoin d'une clope donc elle doit sortir avant moi. Je file mes quelques pièces à la serveuse qui (c'est définitif) me hait. J'attrape ma veste posée sur ma chaise et rejoins Théa qui consomme sa cigarette, adossée à la vitrine du bar. Elle tourne la tête vers moi, relâche sa fumée et je lui demande :
- On fait quoi maintenant ?
- T'es venu à pieds ?
- Oui.
- Tes vieux sont chez toi ?
- Non.
- Maintenant, on va chez toi.
Abasourdi, je la regarde quelques instants, médusé. Pour me réveiller de ma surprise, elle me secoue le bras.
- Bien, bien, okay, allons-y.
Je me tourne vers le chemin menant chez moi et m'y dirige. Elle me rattrape en quelques secondes, passe son bras autour du mien et de l'autre continue à fumer sa cigarette, une Camel. Une fois que l'on est arrivé à l'appartement familial, elle jette un rapide coup d’œil à l'entrée-salon-salle à manger et me demande :
- C'est par où ta chambre ?
Je lui pointe du doigt un couloir.
- La seconde porte sur la droite, je t'accompagne.
On rentre dans ma minuscule chambre et elle détaille mes murs. Je la regarde, assis sur mon lit. Elle retire sa veste en cuir, et la pose sur mon bureau. Elle s'assoit par terre, face à moi, et sort d'une des poches de son sac à main riquiqui une petite boite en fer. Elle en sort une roulée que je sais ne pas contenir que du tabac. Elle me tend le joint et son briquet.
- Sympa ta piaule, m'avoue-t-elle tandis que j'allume le joint.
C'est plutôt elle que je devrais allumer mais j'ignore comment. Après une latte, je lui passe. Elle me propose une soufflette. Elle s'assoit sur mes genoux, face à moi, ses deux jambes de part et d'autre de mon corps. Elle prend le joint entre ses dents et approche son visage du mien. Nos mains se prennent entre elles. Je vois ses yeux noirs de près. Elle écarte le haut de son corps du mien mais reste là, sur moi. N'y tenant plus, je pose mes mains sur ses hanches et pose mes lèvres sur les siennes. Elle me rend mon baiser mais me plaque contre mon matelas. Elle se lève, fait le tour une nouvelle fois de ma chambre, le joint à la main. Elle appuie sur un bouton de ma chaine hi-fi et cette dernière fait résonner du Radiohead. Théa se retourne vers moi, un grand sourire aux lèvres. Elle écrase le joint dans le couvercle de sa boite en fer et sous mes yeux, retire son petit débardeur noir, ses Converses et son jeans. Elle revient sur moi, m'embrasse, déboutonne ma chemise, caresse mon torse. Puis elle me chuchote dans l'oreille :
- T'inquiète pas, tout va bien se passer...
Avant de descendre sa main à l'intérieur de mon jeans.

C'était sur un trottoir.


Elle se jette sur moi en chialant toutes ses tripes sur mon corps déglingué. Je tombe. J'ai mal, putain, j'ai mal ! Je suis bloqué, je peux plus bouger, je vais mourir, tous mes membres me font mal. Et là je sens mon sexe qui entre dans celui de Rosy. J'ai envie de chialer. A cause de la douleur. Rosy me fait mal. Rosy me suce la bite. Et ça me donne du plaisir. Et ça me fait chialer. C'est la première fois que ça m'arrive. Une fille me fait chialer. Une fille me fait mal. Une fille me donne du plaisir. Et c'est la première fois. On est tous les deux là, par terre, à faire l'amour à côté du cadavre puant de Dédé, à côté du sang qui suinte de sa tête, sous la pluie, sur le béton dégueu de clopes, de chewing-gums, de papiers, et de sang du mec à côté, on est tous les deux et j'ai mal, affreusement mal, mais je pénètre Rosy et ça me fait du bien, et j'ai envie de chialer, et ça me donne du plaisir, et ça me fait mal, et je sais plus quoi penser, vraiment, je fais l'amour à une fille pour la première fois et tout ce que je veux c'est m'enfuir à cause de la douleur qui me transperce de tout l'intérieur, à cause de mes dents broyés sous les coups de ce connard, à cause de mes phalanges et de mes côtes, à cause de mes jambes, de mes pieds, de ma tête que je ne sens plus, à cause de tout ça j'ai envie de disparaitre. Là, maintenant. Rosy est la seule personne au monde qui me réconforte.


Extrait de Déglingué, Rosedray